mardi 8 décembre 2015

J’ai mis des bougies à mes fenêtres.





Je suis lyonnaise à 91%. C’est-à-dire que j’ai vécu dans le Grand Lyon 91% du temps qu’à duré ma vie. Oui, j’ai toujours adoré les statistiques.
Pendant toute mon enfance, le 8 décembre était une fête très chouette qui se déroulait selon un rituel bien précis : d’abord remplir les lumignons d’un fond d’eau pour éviter qu’ils ne tombent, puis allumer des bougies chauffe-plats pour les déposer dans les photophores préparés.
J’alignais ensuite mes 4 bougies par fenêtre avec soin. Enfin, nous partions en famille, fêter le 8 décembre de mon village. La tradition, c’était alors que le père noël passait nous faire un coucou en descendant en rappel la façade de la mairie. Et ce grand sportif en profitait pour distribuer des papillotes à grandes brassées. S’en suivait un savant tri pour déterminer lesquelles étaient les pâtes de fruits (que je refilais à mon frère, le seul capable de les apprécier), desquelles étaient le saint graal : j’ai nommé la papillote chocolat fourrée à la pâte d’amande. Vous avez compris : c’était trop génial.


Je reviendrais seulement sur cette histoire de lumignons, puisque c’est à ce propos que je voulais écrire quelques mots aujourd’hui.
Je ne suis pas croyante. Donc je n’aimais pas disposer de petites lumières à mes fenêtres pour remercier la vierge, ce qui est la raison première de cette tradition à Lyon. J’aime cette habitude car elle rendait le monde plus beau. La flamme des bougies ajoutant des centaines d’étoiles à la nuit hivernale. Et j’aimais que chacun participe. Comme par un accord tacite, sans qu’il soit besoin d’en discuter ou de se connaître, chaque voisin du hameau sortait ses lumignons et le monde devenait un peu plus féérique.
En apprenant l’annulation de la fête des lumières, j’ai d’abord été déçue.
Je parle ici de la fête qui se déroule à Lyon depuis quelques années, où des professionnels créent des installations lumineuses et sonores dans toute la ville. Bien que je n’y aille plus depuis quelques temps, je sais à quel point ces spectacles sont magiques et font redécouvrir une ville que j’aime profondément.
Cependant, j’ai pensé au fond de moi que cela serait l’occasion que tout le monde ressorte ses bougies. Je n’ai pas été la seule puisque dans la journée même de l’annonce de l’annulation, la ville de lyon a publié puis affiché partout dans la ville cette affiche :


Et soudainement j’ai eu un problème. Et le premier tour des élections ne m’a pas aidé. L’idée de l’union par les bougies, cela me paraît finalement aussi peu efficace que résister en prenant une bière en terrasse. De plus, je n’ai pas voulu commémorer les attentats de Paris. Chacun fait son deuil comme il l’entend ; pour ma part, je n’arrive pas à prendre le temps de faire des minutes de silence, allumer des bougies ou ne pas sortir pour commémorer certains morts et pas d’autres. Je ne peux pas me taire à chaque mort victime de la barbarie. Je ne veux pas me taire pour des français ou des américains mais pas pour des syriens, des burkinabés  ou n’importe quel peuple opprimé.  Alors je préfère parler.
Ce soir, à 19h, je constatais que certains de mes amis allumais leurs bougies jusqu’à leur page facebook et j’hésitais. Puis j’ai vu le balcon de mon voisin préféré (j’en parlerais un jour de ce voisin) illuminé par des dizaines de lumignons. 


Je suis alors sortie sur mon balcon. Le vent était à peine frais. Peu de gens avaient suivi le mot d’ordre, mais ceux qui l’avaient suivi rendaient les immeubles tristes de mon quartier enfin joyeux. Les flammes de bougies, cela réchauffe jusqu’au cœur. Alors j’ai pris les quelques photophores de la maison et des bougies. Et mon balcon s’est embelli. J’ai été heureuse d’avoir eu la flemme de jeter mes vieux bocaux en verre car les pots de compote, d’agave ou d’huile de coco ont été réquisitionnés pour la cause.J'ai fait quelques photos, mais en raison d'un appareil qui ne veut plus répondre, il a fallu se résoudre à la qualité de mon téléphone. Imaginez plutôt les lumignons de récup' et les autres (multicolores) dans votre tête.
A l’heure qu’il est (20h15), les bougies sont plus nombreuses à chaque fois que je regarde par ma fenêtre. Au fond, peu importe la raison pour laquelle mes voisins allument des lumignons ce soir. Cette nuit, je vais seulement profiter de la douceur de ce sentiment d’enfance qui ressurgit alors que le reste de l’actualité est dur et coupé de toute magie.

Ce soir je souhaite à tous le meilleur. 
Cécilia.





2 commentaires:

  1. La lumière,le feu : la vie. Force vitale qui transcende les mesquineries du quotidien. La flamme, le feu, la chaleur, la beauté. Prendre le temps de se poser, d'admirer juste ce qui est beau, ancestralement encré en nous. Notre capacité à faire briller une lumière dans la nuit, geste symbolique, magique, qui parcourt les époques, le temps, qui nous redonne espoir et foi dans un monde qui est beau. Partager cette beauté simple avec l'autre, avec les autres. Lumière, vie, partage. Pourquoi vivons-nous sinon.

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  2. Jai moi même mis mes lumignons
    Pas par croyance religieuse
    Par tradition lyonnaise
    Avec au fond du Coeur cette pensee pour les victimes des attentas. Avec au fond du Coeur cette résistance qui coule dans notre sang et notre Coeur de lyonnais.
    Parce que ni la haine ni la maladie a travers l histoire n ont réussi a abattre notre résistance
    Cest tour je suis lyonnaise et fière de l etre nee sur l une des collines je ne me voyais tt simplement.pas laisser mes fenetres sans cette lumière d espoir

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